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4 octobre 2011 - Conseil de sécurité
Syrie - Explication de vote de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Madame le président,

Plus de 2 700 victimes civiles. Des dizaines de milliers de manifestants détenus dans les prisons syriennes. Plus de 10 000 réfugiés syriens en Turquie, au Liban, en Jordanie.

Voilà le bilan terrible dont les autorités syriennes peuvent aujourd’hui se targuer depuis le début des manifestations, au mois de mars dernier.

Voilà le bilan terrible que certains autour de cette table ont aujourd’hui refusé de condamner.

Depuis le mois de mai, nous avons travaillé sans relâche à une réaction du Conseil de sécurité. Notre objectif était simple - et il le reste - : faire cesser la répression brutale menée par le régime syrien contre son propre peuple qui revendique légitimement l’exercice de ses droits les plus fondamentaux et permettre ainsi, dans un contexte exempt de violences et d’intimidations, l’émergence d’un processus politique inclusif, mené par et pour les Syriens.

Pour ce faire, la France a pris ses responsabilités au niveau national et européen. L’Union européenne a adopté plusieurs séries de sanctions contre les responsables des violences et les moyens qui permettent à la répression de se poursuivre.

Parallèlement, des efforts diplomatiques se sont poursuivis à l’égard du régime de Damas. Efforts diplomatiques tout azimut, y compris en provenance des membres de ce Conseil de sécurité, auxquels les autorités syriennes sont restées sourdes.

Face à la violence extrême exercée contre une population réclamant l’exercice de ses droits, face à la surdité des autorités syriennes, face au risque d’instabilité régionale, une réaction unie de la communauté internationale s’imposait et s’impose toujours.

Le Conseil de sécurité, qui a la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité, en constitue le porte-parole naturel. Depuis mai, nous avons travaillé sans relâche pour qu’émerge du Conseil un message clair et uni à l’attention des autorités syriennes.

Après le massacre intervenu à Hama, ce Conseil a adopté le 3 août une déclaration présidentielle qui condamnait les autorités syriennes et appelait à une cessation immédiate des violences.

Sur cette base, nous avons rédigé une résolution. Tous les efforts possibles ont été faits pour entendre les préoccupations de certains membres du Conseil et bâtir une réaction unanime. Chacun sait que nous avons accepté de revoir notre copie à de nombreuses reprises, en retirant notamment les sanctions que nous pensions nécessaires. Chacun fait que nous avons fait de nombreuses concessions. Le texte que nous présentions aujourd’hui était, à beaucoup d’égards, très proche de la déclaration présidentielle que nous avons adopté le 3 août. Il venait l’actualiser au regard des derniers développements.

On ne peut donc aujourd’hui douter de la signification du véto qui est opposé à ce texte : ce n’est pas une question de formulation, c’est un choix politique, c’est un véto de principe qui signifie le refus de toute résolution du Conseil appliquée à la Syrie. C’est une expression de mépris pour les aspirations légitimes qui s’expriment courageusement en Syrie depuis cinq mois. C’est un rejet de ce formidable mouvement en faveur de la liberté et de la démocratie qu’est le Printemps arabe.

Qu’on ne s’y trompe pas, ce véto ne nous arrêtera pas. Aucun véto ne peut donner blanc seing à des autorités syriennes qui ont perdu toute légitimité en assassinant leur propre peuple. Les appels de la Ligue Arabe à faire cesser l’effusion de sang, les déclarations des pays du voisinage, les souffrances du peuple syrien montrent bien que ce véto est à contre-sens de l’histoire qui se déroule en Syrie et dans toute la région.

Au Conseil de sécurité, au sein de l’Union européenne, avec l’ensemble de ses partenaires, la France ne cessera pas ses efforts pour que les droits du peuple syrien soient reconnus et respectés, pour que les responsables des violences commises soient un jour comptables de leurs actes devant la justice, et ils le seront, et pour qu’un processus politique inclusif et crédible puisse répondre aux aspirations qui s’expriment en Syrie chaque jour.

En conclusion, je tiens à saluer le courage de toutes celles et de tous ceux qui continuent après ces mois de répression sanglante à porter haut la voix de la liberté en Syrie. Seule une réponse effective à ces aspirations ramènera la stabilité dans ce pays, stabilité dont dépend la stabilité d’une région fragile. La communauté internationale, et plus particulièrement ce Conseil du fait de son mandat, ne pourra échapper à la responsabilité de s’en assurer. Nous regrettons qu’il ne l’ait pas fait ce soir.

Je vous remercie.



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