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5 août 2009 - Conseil de sécurité : Opérations de maintien de la paix - Intervention de Jean-Maurice Ripert, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

1/ J’aimerais tout d’abord vous remercier pour l’organisation de ce débat important et vous féliciter pour votre accession à la présidence du Conseil de sécurité. J’adresse également mes remerciements et ma gratitude à l’Ouganda pour sa présidence efficace et talentueuse. Je me réjouis de la participation large, en particulier d’acteurs clés comme les principaux contributeurs de troupes. J’aimerais également remercier Alain Leroy, Susanna Malcorra et le Général Agwai pour leurs exposés extrêmement clairs. Enfin je m’associe naturellement à l’intervention que mon collègue suédois prononcera tout à l’heure au nom de l’Union européenne.

Monsieur le Président,

2/ Les temps ont beaucoup changé depuis l’invention du maintien de la paix des Nations unies et les premières forces comme l’UNTSO ou l’UNEF. Mais les objectifs restent les mêmes et, malheureusement, beaucoup des difficultés structurelles aussi. Certaines de ces difficultés se sont même accrues, du fait du nombre et de l’ampleur des opérations menées par les Nations Unies.

Le Conseil de sécurité, qui assume la responsabilité principale de la paix et de la sécurité, doit toujours s’attacher à prendre des décisions responsables, qui répondent aux objectifs recherchés et qui permettent effectivement de les atteindre, au plus vite et dans des conditions humaines et financières acceptables.

Face à une situation de crise, les opérations que nous lançons, après avoir tout fait pour que des actions de prévention permettent de les éviter, doivent être pensées et construites comme une partie d’une stratégie globale, intégrant la spécificité de chaque crise et la complexité des éléments de gestation, d’éclatement et de résolution de ladite crise.

Les opérations de maintien de la paix doivent donc être articulées autour de mandats précis, clairs, hiérarchisés et soutenables dans la durée. Elles doivent pour cela bénéficier du soutien de tous les membres du Conseil et s’appuyer sur des ressources financières, humaines et techniques adaptées et suffisantes.

Elles doivent être également soutenues par l’ensemble des autres composantes du maintien de la paix au sein du système, qu’il s’agisse des pays contributeurs de troupes, des principaux pays qui les financent et des organes et agences qui, au siège et sur le terrain, ont un rôle essentiel à jouer pour donner de la cohérence et de l’efficacité à l’action.

Monsieur le Président,

Si la plupart des difficultés sont récurrentes, beaucoup des solutions le sont aussi. A la relecture, le rapport Brahimi, le rapport " opérations de maintien de la paix 2010 ", ou encore les déclarations de notre Conseil depuis 1994 se révèlent toujours aussi pertinents.

Et même si aucune des tentatives de réforme passées n’a été à elle seule suffisante, elles ont toutes marqué des étapes utiles dans le développement des opérations de maintien de la paix.

Car le bilan des Nations Unies est impressionnant. Je voudrais le dire solennellement, sans arrogance et tout en gardant la mesure, nous pouvons collectivement être fiers de leur bilan. Nous avons, ensemble, appris de nos échecs, des drames du passé. Nous avons assumé nos responsabilités.

Je voudrais à cet égard redire ici notre admiration et notre gratitude à l’ensemble des personnels des Nations Unies, en particulier à toutes celles et à tous ceux, civils et militaires, qui risquent chaque jour leur vie sur le terrain.

Monsieur le Président,

3/ Nous avons lancé ensemble, avec vous, en janvier dernier, une initiative commune visant à renforcer l’efficacité du Conseil de sécurité en matière de maintien de la paix. A l’heure d’un premier bilan, j’aimerais souligner deux motifs de satisfaction :

— tout d’abord, l’initiative franco-britannique a provoqué une effervescence qui nous parait déjà extrêmement féconde. Les rapports, les débats, les colloques et les déclarations se sont enchaînés ces derniers mois, avec un enthousiasme certain et un sérieux à la hauteur de l’enjeu. Il nous faut nous appuyer sur les premières conclusions de ces travaux pour dépasser au plus vite la rhétorique et changer nos méthodes ;

— justement, le second motif de satisfaction, me semble être que nous avons concrètement commencé à changer notre pratique : nous avons établi un rendez-vous trimestriel avec le Secrétariat pour faire le point sur les difficultés générales du maintien de la paix ; nous avons renforcé le dialogue avec les contributeurs de troupe, grâce notamment au groupe de travail sur le maintien de la paix présidé par le Japon ; nous avons commencé à généraliser les réunions dites " politico-militaires ", opération par opération ; enfin, nous avons entamé un lent processus d’actualisation des documents de planification et de généralisation de l’établissement de critères de résultats, indispensables pour assurer un suivi réel des opérations.

Beaucoup de ces éléments se mettent en place sans mal, d’autres avec plus de difficulté. Mais l’évolution est là, il faut en féliciter aussi tous nos interlocuteurs du Secrétariat, en particulier DPKO et DFS, qui ont su s’adapter au nouveau mode de fonctionnement que nous jugeons le plus efficace et aux nouvelles relations que le Conseil veut établir entre tous les acteurs du système.

4/ Il nous reste cependant beaucoup à faire. Nous nous apprêtons à adopter une déclaration qui souligne les défis qu’il nous reste à relever. J’aimerais en relever quelques-uns :

— examinant notamment les moyens concrets d’accroître l’expertise militaire du Conseil. Nous devons aussi veiller à ce que le Secrétariat soit en mesure d’assurer une planification et une conduite des opérations encore plus efficaces, notamment à travers des règles d’engagement adaptées.

— nous devons également approfondir nos réflexions, notamment au moyen d’un dialogue ouvert avec les pays, contributeurs de troupes, les ONG, les organismes spécialisés des Nations Unies, sur les questions très sensibles que sont la protection des civils, la lutte contre les violences contre les femmes, notamment les abus sexuels, le combat contre le recrutement d’enfants soldats ; nous sommes conscient de la nécessité, pour être efficace, du recours à des actions robustes de la part des casques bleus, tout en mesurant les risques que ces actions font elles-mêmes parfois courir aux civils ;

— nous devons renforcer notre travail sur les ressources et sur l’exécution des budgets, en nous assurant que le Conseil dispose, lorsqu’il prend ses décisions, d’une bonne compréhension de leur impact opérationnel et financier ; nous devons également continuer de travailler à élargir les capacités disponibles ; nous devons aussi passer régulièrement en revue la stratégie, l’équilibre, la composition et le volume des opérations en cours ;


— mandats complexes. Il est indispensable de renforcer l’interaction du Conseil de sécurité avec le Secrétariat s’agissant des composantes police, justice et état de droit des opérations. Il s’agit en fait de préparer, dès la phase de rédaction des mandats, des stratégies de sorties de crise, s’agissant en particulier du relèvement et de la reconstitution économique, sociale et politique des sociétés souvent déstructurées par les conflits. Car nous savons bien qu’avec un développement économique durable, seul l’Etat de droit, la protection des droits de l’homme et des libertés fondamentales peuvent assurer la pérennité du retour à la paix.

— nous devons travailler à une meilleure intégration de ces différentes composantes, à New York et à Genève comme sur le terrain. De ce point de vue, la mise en œuvre des conclusions sur l’unité d’ensemble du système est fondamentale.

— pour faire tout cela, il est clair également que le Conseil devrait davantage pouvoir s’appuyer sur la Commission de consolidation de la Paix - dans sa composante centrale comme dans ses configurations pays - dont l’objectif est précisément de servir de point focal, de lieu pour la discussion entre tous les acteurs concernés, autour des autorités des pays en conflit : membres du Conseil et de l’AGNU, Etats contributeurs de troupes et donateurs, principaux contributeurs financiers, responsables des fonds et programmes, représentants des agences.

Monsieur Le Président,

5/ Une dynamique a été lancée ; notre prochain rendez-vous est fixé à la fin de l’année 2009. D’ici-là, soyez assuré que la France ne ménagera pas ses efforts pour progresser dans la mise en œuvre de notre feuille de route commune.

Je vous remercie./.



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