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5 décembre 2013 – RCA / Adoption de la résolution 2127 – Explication de vote de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

La situation en République centrafricaine est une tragédie. L’ensemble de la population centrafricaine, soit plus de 4,5 millions de personnes, est touchée par une crise humanitaire. Cette population est terrorisée par des miliciens qui se livrent aux pires exactions à l’encontre de la population : meurtres, viols, pillages sont le quotidien de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants. L’Etat, qui s’est effondré, n’est plus en mesure de protéger sa population. Désormais, le pays menace de s’enfoncer dans une violence de type interconfessionnel entre chrétiens et musulmans.

L’histoire nous enseigne ce qui se peut se produire. L’histoire nous engage à éviter le pire. L’histoire oblige le Conseil de sécurité à agir. Le pays risque de sombrer dans le chaos, avec des conséquences incontrôlables et imprévisibles sur toute la sous-région. Le risque d’atrocités de masse est là, comme le soulignent sans ambiguïté le Secrétaire général des Nations unies ainsi que l’ensemble des ONG.

La République centrafricaine avait été jusqu’à présent une crise oubliée. De celles qui n’intéressait pas les médias. Face à cette crise, l’indifférence et l’inaction n’étaient cependant pas des options. La France a estimé qu’il était de notre devoir collectif de soutenir l’action de l’Union africaine et de la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale pour prévenir ces atrocités de masse.

C’est le Président de la République française qui, dans son intervention devant l’Assemblée générale en septembre dernier, avait été le premier à lancer un cri d’alerte et appelé à une action résolue du Conseil de sécurité. Le Ministre des Affaires étrangères français, aux côtés de l’Union Européenne et des Nations unies, avait organisé une réunion de haut-niveau pour souligner l’urgence humanitaire.

Les incidents de nature interconfessionnelle qui se sont produits encore ce matin à Bangui, avec la mort de plusieurs dizaines de civils, ne font que souligner qu’il est grand temps d’agir.

L’adoption de la résolution 2127 permet enfin de prendre les mesures attendues pour soutenir l’Union africaine :

la Force africaine, la MISCA, se voit dotée d’un mandat robuste sous chapitre VII. Cela lui permettra de prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger les populations civiles et neutraliser les groupes armés qui refuseraient de se plier aux consignes de cantonnement et de désarmement ;

— conformément à la demande formulée par l’Union africaine et les autorités de transition centrafricaines, les Forces françaises se voient également dotées d’un mandat du Conseil de sécurité sous chapitre VII pour soutenir la MISCA. Dans ce but, les effectifs des Forces françaises seront renforcés très prochainement. La France souhaite remercier tous les partenaires, notamment européens, qui apporteront leur soutien à cette opération qui interviendra dans le cadre de cette résolution ;

— les Nations unies seront chargées de soutenir la mobilisation financière au bénéfice de l’Union africaine. Je souligne que l’Union européenne, en apportant une contribution de 50 M€, sera comme pour la Somalie, le premier contributeur aux opérations de l’Union africaine. D’autres contributions devront être mobilisées à l’occasion de la tenue prochaine d’une conférence des donateurs.

Conformément à la demande de l’Union africaine et aux recommandations du rapport du Secrétaire général, cette résolution prépare l’avenir. Elle demande au Secrétariat d’entreprendre les préparatifs nécessaires au déploiement éventuel d’une Opération de maintien de la paix des Nations unies et de préparer un concept d’opérations dans un délai maximal de trois mois.

Si le rétablissement de la sécurité est la priorité, cette résolution renforce également son action sur deux volets essentiels pour l’avenir de la RCA :

— le soutien au processus de transition d’abord. Ce Conseil rappelle explicitement l’interdiction pour les actuelles autorités de transition de participer aux élections qui doivent se tenir d’ici février 2015 au plus tard. Il marque également son intention d’adopter des sanctions individuelles à l’encontre des individus qui menacent le processus de transition, et alimenteraient ainsi la violence ;

— deuxième point, la lutte contre les violations des droits de l’Homme. A l’initiative du Rwanda, une Commission internationale d’enquête sur le modèle du Darfour est créée. Elle devra rendre ses conclusions dans un délai de 6 mois.

Mesdames, Messieurs,

Le Conseil de sécurité est sorti de son indifférence. Il prend ses responsabilités pour soutenir les pays africains et leurs organisations, qui ont eu le courage de se porter, les premiers, au chevet de cette République centrafricaine trop longtemps délaissée.

Je vous remercie.

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