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7 août 2014 - Conseil de sécurité - République démocratique du Congo - Intervention M. Alexis Lamek, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies, chargé d’Affaires a.i.

Monsieur le Président,

Laissez-moi tout d’abord vous remercier pour votre présence qui témoigne de l’intérêt que vous portez à cette région des Grands Lacs, et tout particulièrement à la République démocratique du Congo. Je remercie également le Représentant spécial du Secrétaire général, M. Martin Kobler, et l’Envoyée spéciale du Secrétaire général pour la région des Grands Lacs, Mme Mary Robinson. Je tiens également à remercier les ministres présents aujourd’hui.

Monsieur le Président,

Le chemin parcouru en un peu plus de dix-huit mois en République démocratique du Congo est remarquable. En novembre 2012, Goma, la principale ville de l’Est du pays, tombait aux mains d’un groupe rebelle en moins de 24 heures et la quasi-totalité des Kivus était contrôlée par divers groupes armés, rivalisant dans la barbarie et la violence contre les populations civiles. Aujourd’hui, le M23 est défait militairement et un grand nombre de groupes armés ont rendu les armes. L’Etat congolais, grâce à l’engagement de ses forces armées soutenues par la MONUSCO, regagne petit à petit le contrôle d’une partie de son territoire qui lui a trop longtemps échappé, et les personnes déplacées commencent timidement à regagner leurs villages.

Mais les défis sont encore immenses et nous devons, ensemble, à la fois poursuivre les avancées mais aussi les rendre irréversibles. L’engagement de la communauté internationale témoigné notamment par ce Conseil et par le déploiement de la plus grosse opération de maintien de la paix des Nations Unies, doit permettre de mettre fin à la spirale de la violence dans l’Est de la République démocratique du Congo, en appui de l’Etat congolais dont l’action est évidemment cruciale.

Monsieur le président, les défis à soulever sont à la fois de court et de moyen/long-terme.

A court terme tout d’abord, il faut, comme vous l’avez dit et comme l’ont dit les représentants et envoyés spécial du Secrétaire général, continuer la lutte contre les groupes armés conformément à la résolution 2098, renouvelée par la résolution 2147 :

Le M23 a été battu militairement sur le territoire congolais mais il n’a pas disparu. La démobilisation de ses combattants est incomplète et la perspective de sa réorganisation militaire reste une menace importante. Il faut impérativement veiller à ce que les parties signataires mettent en œuvre les dispositions des déclarations de Nairobi sur ce point. Nous appelons d’un côté la République démocratique du Congo à redoubler d’efforts dans l’opérationnalisation du programme de désarmement, démobilisation et réinsertion et de l’autre l’Ouganda et le Rwanda à coopérer de manière à ce qu’un terme définitif soit mis aux activités de ce groupe ;

L’offensive majeure engagée contre les ADF par les Forces armées de République démocratique du Congo, soutenues par la MONUSCO, a porté un coup dur à ce groupe. Elle a entraîné de lourdes pertes chez les FARDC et nous les saluons ici pour leur courage dans ces combats difficiles.

Nous n’oublions pas non plus les actions engagées contre divers groupes Maï Maï, telle que la Maï Maï Cheka ou les APCLS, qui sèment aussi la terreur parmi les populations locales.

S’agissant enfin des FDLR, le mandat du Conseil de sécurité, depuis de nombreuses années, est très clair. La résolution 2147 exige une démobilisation immédiate et permanente des FDLR. Nous avons pris note de la décision de la SADC et de la CIRGL de prolonger le processus de six mois supplémentaires, avec une clause de rendez-vous au bout de trois mois. Ce délai, pour un processus dans lequel les FDLR n’ont en réalité donné aucun signe tangible d’engagement sincère, ne nous paraît toutefois pas cohérent avec les tensions et les exactions dont les FDLR sont responsables depuis plus de 20 ans. Seul un désarmement rapide de ce groupe armé, comme pour les autres groupes, permettra d’apaiser ces tensions et de ramener la confiance à l’Est de la RDC et dans la région. La pression doit rester maximale sur le leadership des FDLR pour qu’il s’engage de bonne foi. L’option militaire doit donc rester sur la table.

A moyen/long-terme, seule la mise en œuvre des réformes structurelles énoncées dans l’Accord-cadre d’Addis Abeba permettra de garantir une paix et une stabilité durables en RDC. Réforme du secteur de la sécurité, dans la police mais aussi dans l’armée, bonne gouvernance, décentralisation, secteur judiciaire et administration territoriale... : ce ne sont pas des slogans que la communauté internationale aime à scander, ce sont les conditions pour une solution de long terme et pour le développement du pays. Il n’y a pas de sortie de crise possible sans un renforcement effectif des capacités de la République démocratique du Congo d’assurer la protection de ses populations sur l’ensemble de son territoire, ni sans lutter contre les trafics et la corruption.

La bonne tenue du processus électoral est également un aspect essentiel à la paix et à la stabilité. Ce processus doit se dérouler dans le respect des règles constitutionnelles et dans l’esprit de la charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, dont la RDC est signataire. En particulier, une feuille de route crédible et légitime doit être élaborée au plus vite, comportant un calendrier et un budget précis pour ces élections.

La République démocratique du Congo a un rôle déterminant dans la mise en œuvre de l’ensemble de ces réforme et la MONUSCO est là pour l’appuyer et l’accompagner, sans se substituer à elle. Nous réaffirmons tout notre soutien à Martin Kobler et à son action. Nous rendons particulièrement hommage à ses efforts avec le Commandant de la force pour que soit mis en œuvre le mandat de protection des civils de la MONUSCO. Votre réaction, Martin Kobler, après l’incident de Mutalure a été la bonne et vous avez tout notre soutien dans votre dialogue avec les Contributeurs de troupes pour la mise en œuvre du mandat que nous vous avons confié. En tout cas, il nous appartient à tous, ici au Conseil et dans la région, voisins, bailleurs ou contributeurs de troupes de lui donner, à Martin Kobler, les moyens de mettre en œuvre sa vaste mission. L’engagement des Nations Unies doit être durable et déterminé, à la hauteur des espoirs soulevés par les succès de ces derniers mois.

Enfin, je veux rendre hommage à Mary Robinson pour son engagement et ses efforts inlassables depuis 18 mois pour construire la confiance entre les leaders de la région et faire vivre cet accord-cadre d’Addis Abeba qui, nous en sommes convaincus, reste la référence pour un règlement durable de la crise des Grands Lacs. Nous souhaitons tout le succès dans la poursuite de cette entreprise à son successeur, M. Saïd Djinnit.

Monsieur le Président je vous remercie.

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