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7 juin 2011 - Conseil de sécurité - Conséquences de l’épidémie de VIH/Sida pour la paix et la sécurité internationales - Intervention de M. Alain Juppé, ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères et européennes

Monsieur le Secrétaire général,

Monsieur le Président,

Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames, Messieurs,

Alors que la réunion de haut niveau de l’Assemblée générale consacrée au SIDA s’ouvre demain, je remercie le Président BONGO d’avoir pris l’initiative d’un débat sur ce thème trop souvent délaissé ou ignoré.

En 30 ans, le SIDA a tué 30 millions de personnes et laissé derrière lui plus de 16 millions d’orphelins. La Seconde guerre mondiale est le seul conflit qui ait fait plus de victimes et causé plus de souffrances.

Pour lutter contre ce fléau, la communauté internationale est pleinement mobilisée.

Il y a onze ans, dans la résolution 1308, le Conseil de sécurité a reconnu pour la première fois que la pandémie menaçait la paix et la sécurité internationales.

Depuis lors, à chaque fois que nous avons abordé la question du SIDA, nous avons souligné les terribles conséquences sociales, humaines, mais aussi économiques, de la maladie. Nous avons mis en lumière le handicap qu’elle représente pour les pays qui tentent de se relever après un conflit, notamment parce qu’elle touche principalement les femmes et les filles, dont le rôle est primordial dans la structure et la reconstruction de toute société.

Face à cette menace, plusieurs instruments internationaux ont été mis en place, en particulier dans le cadre du système onusien. Je pense à ONUSIDA, dont je salue le directeur exécutif, Michel Sidibé, au Fonds mondial contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme. Je pense aussi à UNITAID, née d’une initiative française et reposant sur des financements innovants. Je voudrais saluer le travail accompli quotidiennement par ces différents organismes.

Cet engagement collectif n’a pas été vain. Le nombre des décès et celui des nouvelles contaminations ont baissé de 20% en 10 ans. Par ailleurs, l’augmentation des fonds consacrés aux programmes de lutte contre le VIH/SIDA et le développement des médicaments génériques ont permis de mettre 6 millions de personnes sous traitement dans les pays à revenu faible et intermédiaire. Enfin, les actions en matière de prévention de la transmission de la mère à l’enfant nous permettent désormais d’envisager la naissance d’une génération sans VIH.

Ces résultats, qui sont positifs, doivent nous encourager à redoubler nos efforts.

34 millions de personnes vivent aujourd’hui avec la maladie. 7 000 sont contaminées chaque jour. Chaque année, ce sont près de 370 000 enfants qui naissent porteurs du virus. Avec deux individus infectés pour un individu mis sous traitement, l’épidémie conserve toujours une longueur d’avance. Et ce sont toujours les pays les plus défavorisés qui payent le tribut le plus lourd. Je pense notamment au continent africain, qui représente 68% de personnes infectées et 72% des décès liés au SIDA.

Nous devons donc faire davantage, c’est le sens de la résolution que nous venons d’adopter.

— C’est le sens de la campagne " Naître sans le VIH " lancée à Paris en mai 2010 par l’Ambassadrice du Fonds mondial, Mme Carla BRUNI-SARKOZY.

— C’est dans cet esprit que la France, second contributeur mondial, a augmenté de 20% sa contribution au Fonds mondial pour la période 2011-2013, soit un engagement de plus de 1 milliard d’euros. Sur la même période, nous consacrerons plus de 300 millions d’euros à UNITAID.

— C’est enfin la raison pour laquelle, lors du dernier sommet de Deauville, le G8 a renouvelé son engagement à soutenir le Fonds mondial et réaffirmé sa volonté d’améliorer la santé de la mère et de l’enfant, afin notamment de lutter contre la transmission du virus de la mère à l’enfant.

Dans ce contexte, le Conseil de sécurité a une responsabilité particulière.

Responsabilité d’abord d’agir sur les facteurs de propagation de l’épidémie, et notamment sur les abus sexuels. Depuis l’adoption de la résolution 1308, le Conseil combat toutes les formes de violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants. Il applique une politique de tolérance zéro et fait tout pour qu’une discipline irréprochable soit maintenue dans les rangs des casques bleus et au sein du personnel civil des Nations unies.

Responsabilité également de prendre en compte l’enjeu du SIDA dans les phases de reconstruction et de post-conflit, notamment dans la gestion des déplacements de population.

Responsabilité enfin d’encourager et d’assister le développement de stratégies nationales de lutte contre le SIDA, sur la base des valeurs et des engagements portés par les Nations unies : le respect des droits de l’Homme, la non-pénalisation de l’homosexualité, l’attention aux populations vulnérables, la lutte contre les stigmatisations et les discriminations à l’encontre des personnes vivant avec le VIH.

Mesdames, Messieurs,

Malgré tous nos efforts, la pandémie du SIDA représente un coût humain et social grandissant, notamment pour les pays les plus pauvres et les plus faibles. Aujourd’hui plus que jamais, le SIDA est donc une menace pour la paix et la sécurité internationales.

Ne relâchons pas nos efforts. Comme le Secrétaire général, la France partage la vision d’un monde sans nouvelle infection, sans discrimination et sans décès lié au Sida. C’est un défi immense. C’est un défi au service de la paix. C’est notre défi à tous.

Je vous remercie de votre attention.



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