Twitter Facebook Flickr Youtube RSS Share

8 octobre 2009 - Conseil de sécurité : Somalie - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,

Je tiens à remercier Messieurs Lynn PASCOE et Craig BOYD pour leur présentation. Le gouvernement fédéral de transition a su tenir bon face aux attaques dont il était l’objet et même reprendre du terrain, en particulier à Mogadiscio. Il bénéficie du plein soutien des autorités françaises. La situation reste cependant très instable. L’attentat meurtrier du 17 septembre contre l’AMISOM a rappelé les capacités dont disposent toujours les forces insurgées.

Par ailleurs, la situation humanitaire continue de se dégrader et ce sont désormais 3.7 millions de personnes, soit la moitié de la population somalienne, qui dépendent de l’aide internationale. Dans le même temps, les attaques répétées contre les Nations Unies et les ONG rendent le travail humanitaire de plus en plus difficile et dangereux. Neuf travailleurs humanitaires ont payé de leur vie leur engagement aux côtés de la population somalienne en 2009, 13 autres sont retenus contre leur gré.

Cette situation difficile requiert donc un engagement réaffirmé de la part de la communauté internationale. Le Secrétaire général rappelle dans son dernier rapport sa stratégie en plusieurs phases, qui met l’accent dans un premier temps sur le soutien à apporter au gouvernement fédéral de transition et à l’AMISOM. Cette stratégie, que le Conseil de sécurité a soutenue par ses résolutions 1863 et 1872, n’est pas en cause. Il est clair que les conditions de sécurité sur le terrain comme les prises de position des différents acteurs concernés ne permettent pas de déployer une force des Nations Unies. Mais la communauté internationale doit agir de façon plus résolue dans ce cadre. Je souhaite à cet égard, Monsieur le Président, évoquer rapidement quatre pistes :


La première urgence est d’apporter un plein soutien au Gouvernement fédéral de transition, comme nous nous y sommes collectivement engagés en avril lors de la conférence de Bruxelles. Ce soutien doit être politique et financier, mais aussi opérationnel et concret. C’est la raison pour laquelle la France, dans le cadre de la résolution 1872, forme à Djibouti un bataillon des forces somaliennes. 150 hommes ont déjà reçu une formation et sont rentrés en Somalie, 350 autres ont commencé à suivre le programme.

Les Ministres de la défense de l’Union européenne, comme mon collègue autrichien la souligné, ont par ailleurs exprimé le 29 septembre leur intérêt pour une mission européenne de formation, dans un pays tiers. La France salue par ailleurs l’intérêt manifesté récemment par l’Allemagne et la Fédération de Russie pour des initiatives de ce type.

La République de Djibouti elle-même mène une action de formation similaire. Permettez-moi, M. le Président, de saluer l’action de Djibouti dans le dossier somalien.

Il est en effet essentiel d’aider le gouvernement fédéral de transition à renforcer la cohésion, la discipline et l’efficacité de ses troupes, qui doivent notamment affronter, comme l’a signalé mon collègue burkinabè, des " combattants étrangers " parmi les plus extrémistes. C’est en rétablissant des services publics de base, dans des zones dans lesquelles il assure la sécurité, que le gouvernement fédéral de transition pourra entretenir une dynamique politique positive. L’AMISOM naturellement a, de son côté, un rôle essentiel à jouer pour former les troupes en Somalie même et pour aider à ce que les contingents formés à l’étranger soient suivis et utilisés au mieux.

Soutenir le gouvernement fédéral de transition est indispensable, malgré les risques. Dans ce contexte mes pensées vont vers l’agent français qui a été enlevé à Mogadiscio le 14 juillet dernier et qui est toujours retenu dans ce pays.


Deuxième piste : en parallèle, nous devons continuer à soutenir l’AMISOM. Je souhaite ici, comme l’ont fait certains de mes collègues, rendre hommage à la vaillance des troupes de l’Ouganda et du Burundi qui accomplissent au quotidien un travail aussi dangereux que remarquable. La France souhaite de nouveau adresser ses condoléances aux gouvernements de l’Ouganda et du Burundi pour les pertes subies lors de l’attentat odieux commis le 17 septembre dernier au quartier général de l’AMISOM.

L’aide internationale doit se poursuivre pour que l’Union africaine puisse atteindre l’objectif qu’elle s’est fixée de 8000 hommes. L’Union européenne, qui est le premier partenaire financier de l’Union africaine, est mobilisée. La France a accompli un effort de formation important pour des contingents de l’AMISOM et a assuré l’évacuation sur Nairobi des soldats blessés dans l’attentat du 17 septembre.

S’agissant des Nations Unies, je remercie Monsieur Boyd et son équipe pour la mise en place du paquet de soutien logistique.


Le troisième axe que je souhaite mentionner est politique : la France salue les efforts que le Président Sharif ne cesse de déployer pour tendre la main aux groupes qui ne font pas encore partie du processus de réconciliation. Il est important que le gouvernement somalien mette à profit toutes les occasions qui se présentent pour continuer à ouvrir l’espace politique en Somalie. Seule une solution politique permettra en définitive de garantir la sécurité et la stabilité de la Somalie.

A ce titre, nous notons avec satisfaction les efforts du Représentant spécial du Secrétaire général, M. Ould Abdallah, en vue de développer, à Mogadiscio même, les missions menées par le Bureau politique des Nations Unies.

S’agissant de ceux qui refusent tout dialogue, la France se joint à l’appel qu’a lancé le Secrétaire général pour que les Etats, les organisations et les individus qui sont en position de le faire les persuadent de rejoindre le processus politique.


Enfin, Monsieur le Président, comme la plupart de mes collègues, j’ai déjà souligné combien il était difficile d’acheminer l’aide internationale en Somalie. Dans ce contexte, il est d’autant plus important que la communauté internationale reste mobilisée pour lutter contre la piraterie, qui menace notamment les navires du programme alimentaire mondial. De nombreux Etats et organisations ont déployé des moyens navals, au premier plan desquels l’Union européenne, avec l’opération Atalante. Par ailleurs, les membres du groupe de contact sur la lutte contre la piraterie, comme le soulignait mon collègue japonais, travaillent à compléter ces actions militaires par des mesures civiles, notamment pour aider les Etats de la région à traduire en justice les pirates arrêtés. La France salue la décision prise par le groupe de contact de demander au Secrétaire général de créer un fonds fiduciaire à cet effet.


M. le Président, mes chers collègues, pour conclure je souhaite naturellement saluer le rôle du Représentant spécial du Secrétaire général, M. Ahmedou Ould Abdallah et de son équipe et les assurer du plein soutien de la France.

Je vous remercie./.



Bookmark and Share
Bookmark and Share
Rss
Organisation des Nations Unies Présidence de la République France Diplomatie La France à l'Office des Nations Unies à Genève Union Européenne Première réunion de l'ONU