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9 juillet 2009 - Conseil de sécurité : Somalie - Intervention de M. Jean-Maurice Ripert, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Je voudrais tout d’abord remercier les Secrétaires généraux adjoints Lynn PASCOE et Suzanna MALCORRA pour leur présentation, ainsi que notre collègue le Représentant permanent de Somalie.


Monsieur le Président, voici presque deux mois jour pour jour, les insurgés du Shabaab et du Hizbul Islam refusaient la voie du dialogue et lançaient une offensive de grande ampleur. Celle-ci était et est encore dirigée contre le Gouvernement fédéral de transition, qui bénéficie pourtant du soutien de la communauté internationale, mais aussi contre la dynamique politique positive que le Président Sharif anime en appelant toutes les parties à rejoindre le processus de Djibouti.

Les combats continuent avec, et cela a été rappelé par le Secrétaire général adjoint, avec leur cortège de violence et de souffrance. Le prix de ces attaques est très élevé et les victimes sont toujours les mêmes : les femmes, les enfants, les personnes vulnérables. Plus de 200.000 personnes supplémentaires ont dû quitter Mogadiscio, que certaines familles venaient tout juste de regagner. Ces nouvelles victimes s’ajoutent au demi-million de personnes qui survivent dans des abris de fortune rien que sur la route d’Afgoye et aux plus de 3 millions de personnes qui dépendaient déjà de l’aide internationale. Les conditions d’action des travailleurs humanitaires ont encore empiré et il faut rappeler que, l’année dernière, plus d’une trentaine d’entre eux a été tuée. Il en est de même des journalistes, qui paient souvent de leur vie l’exercice de leur métier. Le nombre de réfugiés s’accroît dans les pays voisins, notamment au Kenya, où les installations pour les accueillir sont saturées.


La France joint sa voix à la communauté internationale pour condamner fermement ces attaques et ces violences. Nous prenons note avec la plus grande préoccupation des rapports qui indiquent que les insurgés bénéficient du renfort de combattants extrémistes étrangers et du soutien de gouvernements étrangers, en particulier de la part de l’Erythrée, pour s’approvisionner en armes, en violation de l’embargo que nous avons institué. La France a pris bonne note des décisions prises par le Sommet de l’Union africaine à Syrte ; elle est prête à s’engager dans la voie des sanctions contre tous ceux qui mettent en péril l’accord de Djibouti. Nous attendons avec beaucoup d’intérêt à cet égard le rapport que le Conseil de sécurité a demandé au groupe de contrôle.

Puisque j’ai cité l’accord de Djibouti, Monsieur le Président, permettez moi de souligner le rôle très positif joué par Djibouti dans la crise somalienne, en dépit des difficultés que le pays doit affronter depuis l’attaque militaire conduite contre lui en juin 2008 par l’Erythrée.


Monsieur le Président, le Gouvernement fédéral de transition est attaqué, mais il résiste aux attaques dont il est toujours la cible. Il est impératif que la communauté internationale continue à lui apporter son plein soutien politique et renforce son aide technique et matérielle. La formation des forces de sécurité somalienne est la clef du développement de ses capacités militaires. C’est la raison pour laquelle la France, comme elle s’y était engagée lors de la conférence de Bruxelles, va commencer à former au cours de ce mois, à Djibouti, 500 personnels somaliens. Les Ministres de l’Union européenne ont lancé par ailleurs à Bruxelles une réflexion sur la façon dont l’Union pourrait articuler avec notre initiative une éventuelle mission de formation au titre de la politique européenne de sécurité et de défense.

Il faut insister, Monsieur le Président, sur le courage des soldats de l’AMISOM, en particulier ceux de l’Ouganda et du Burundi, qui apportent au Gouvernement fédéral de transition un appui décisif. Nous voulons leur rendre hommage alors qu’ils sont régulièrement pris pour cible par les insurgés. La communauté internationale doit apporter un soutien résolu à la force africaine. A Sirte, l’Union africaine a décidé de renforcer le nombre de troupes actuellement présentes sur le terrain afin d’atteindre l’objectif de 8 000 hommes qu’elle s’était fixé. Nous saluons et nous nous réjouissons de cet engagement.

La France, qui a contribué à la formation de quatre contingents de l’AMISOM, ainsi que l’Union européenne, qui est le premier contributeur au budget des Nations unies et le premier partenaire financier de l’Union africaine, notamment par l’intermédiaire de la Facilité de paix pour l’Afrique, apportent un appui déterminé à l’AMISOM. Je soutiens à cet égard l’intervention que le Représentant permanent de la Suède prononcera tout à l’heure au nom de l’Union européenne.

Les Nations Unies ont aussi, de leur côté, un rôle important à jouer pour faciliter le renforcement de l’AMISOM et je voudrais remercier Mme MALCORRA des informations qu’elle nous a communiquées sur le paquet de soutien logistique des Nations Unies. Plus que jamais, il est nécessaire de répondre rapidement et de manière concrète aux besoins opérationnels les plus urgents de la force africaine.


Monsieur le Président, ce qui précède rend les actions de lutte contre la piraterie au large de la Somalie encore plus nécessaires. Depuis les premières opérations de protection des bâtiments du programme alimentaire mondial lancées par la France en novembre 2007, la lutte contre la piraterie a pris une très grande ampleur. L’Union européenne avec le déploiement d’Atalante, joue un rôle très actif pour lutter contre la piraterie, protéger les navires vulnérables et sécuriser l’aide internationale de plus en plus importante dont dépendent des millions de Somaliens ; et l’argent dépensé pour maintenir à flot les forces navales de l’Union européenne permet l’acheminement de cette aide, il ne sert donc pas à rien. Je relève à cet égard que les livraisons alimentaires du programme alimentaire mondial ont quadruplé entre 2007 et 2008.

Ces efforts doivent se poursuivre : hier encore, un navire turc a été pris par des pirates au large de la Somalie. Je voudrais rappeler à cet égard que les forces françaises ont, depuis deux ans, arrêté plus de deux cent pirates à l’occasion de plus de 80 opérations maritimes. C’est la raison pour laquelle l’Union européenne a prolongé le mandat de l’opération Atalante d’une année et réfléchit à un ensemble complet de mesures permettant de prendre mieux en compte les différentes dimensions de la lutte contre la piraterie, en mer comme à terre. Je voudrais souligner ici l’importance que revêt en particulier le développement des capacités des Etats de la région, afin que ceux-ci puissent juger et emprisonner les pirates arrêtés. L’appui des Nations unies sera, à cet égard, déterminant.


Monsieur le Président, la gravité de la situation nous amène légitimement à évoquer en priorité dans ce débat des mesures de court terme. C’est nécessaire, tout en gardant à l’esprit les objectifs de plus longue haleine comme la lutte contre l’impunité, car la culture de l’impunité qui règne en Somalie aujourd’hui est un obstacle majeur sur le chemin de la paix, ou également la nécessité dès que la situation le permettra de reprendre le chemin du dialogue politique, sans lequel il n’y aura pas de paix durable en Somalie. Je voudrais à cet égard saluer le rôle du Représentant spécial du Secrétaire général, M. Ahmedou Ould Abdallah et l’assurer du plein soutien de la France.

En conclusion, Monsieur le Président, je voudrais manifester le soutien de notre délégation au projet de déclaration présidentielle préparé par le Royaume-Uni, que je remercie.

Je vous remercie./.



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