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21 avril 2009 - Débat public au Conseil de sécurité - "Médiation et règlement des différends" - Intervention de M. Jean-Pierre Lacroix, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Je tiens à d’abord à remercier le Secrétaire général adjoint Pascoe pour la présentation de ce rapport du Secrétaire général, mais aussi à vous remercier, Monsieur le Président, d’avoir organisé ce débat, afin de donner une suite au débat du Conseil de sécurité en septembre dernier sous la présidence du Burkina-Faso.

- Monsieur le Président,

Ma délégation s’associe pleinement à l’intervention que prononcera tout à l’heure le représentant de la République tchèque au nom de l’Union européenne.

La médiation est un outil extrêmement important à la disposition de la communauté internationale pour la gestion et la prévention des conflits et il est bon de le dire et de le rappeler. Une médiation réussie, c’est souvent une tragédie interrompue ou même évitée et les opinions tendent trop souvent à l’oublier.

Les Nations unies ont joué, dès leurs premières années, un rôle crucial dans ce domaine et elles doivent continuer à le faire, comme le Secrétaire général l’a fait par l’envoi du Président Obasanjo afin de faciliter le dialogue entre les Chefs d’Etat de la région des grands lacs d’une part et, d’autre part, entre les groupes armés des Kivus et le gouvernement congolais. Ce rôle de médiation s’est aussi illustré pour Madagascar où le Secrétaire général a tout d’abord dépêché M. Heili Menkerios puis nommé un conseiller politique spécial, M. Tiébilé Dramé, dont les efforts doivent se poursuivre pour favoriser le retour à un ordre constitutionnel dans ce pays. Mais il y a bien sûr de nombreux autres exemples, et je tiens à cet égard à rappeler notre soutien aux efforts déployés par M. Vijay Nambiar à Sri Lanka, que nous espérons d’ailleurs pouvoir bientôt entendre au Conseil de Sécurité.

Sur ce point, je voudrais faire une remarque : la notion de médiation prend naturellement tout son sens dans un contexte de conflit inter-étatique ou entre des parties bien identifiées. L’élargissement du spectre des menaces à la paix et à la sécurité internationale, et nous pensons en particulier au terrorisme et à la criminalité organisée, mais nous pourrions prendre d’autres exemples, rend l’exercice encore plus complexe et cela justifie aussi pleinement que nous prenions le temps d’y réfléchir ensemble.

- Dans son rapport, le Secrétaire général tire quelques enseignements qui montrent bien le savoir-faire qui est requis pour qu’une médiation réussisse, mais également les aspects d’organisation, qui intéressent au premier chef le Conseil de Sécurité.

Ma délégation pense en particulier à la coordination et à la cohérence des initiatives. Les Nations unies ont l’autorité et la légitimité pour y veiller, qu’il s’agisse pour elles de mener ces efforts de médiation ou de soutenir ceux entrepris par d’autres, de la manière la plus indiquée à leur réussite. Et, de ce point de vue, il y a un paradoxe à entendre certains Etats invoquer la non-ingérence quand le Conseil pourrait intervenir avant que la crise ne débouche sur la violence et donc avant que la situation n’appelle de la part du Conseil de Sécurité une intervention plus robuste. Nous l’avons vu ces dernières années et encore récemment.

Un autre enseignement important, c’est la nécessité d’agir rapidement. Il s’agit d’un impératif fondamental. Les recommandations du Secrétaire général qui visent à améliorer la capacité des Nations unies à l’appui d’interventions rapides vont dans le bon sens et doivent être soutenues. En particulier, ma délégation salue la création et le renforcement envisagé du Groupe de l’appui à la médiation, qui s’est déjà avéré un instrument utile d’appui aux missions de bons offices et de médiation des Nations Unies et des organisations régionales.

Le soutien du processus de paix passe aussi par une intervention ciblée et résolue contre ceux qui menaceraient de faire déraper ces processus et l’action de notre Conseil dans ce domaine doit se faire souple et réactive. Je pense en particulier à l’ajout, dans la résolution 1844 sur la Somalie, de sanctions individuelles notamment contre " les personnes qui menacent la paix, la sécurité et la stabilité de la Somalie, y compris le processus politique de Djibouti ".

- En conclusion, Monsieur le Président, je voudrais souligner que la stratégie de mise en œuvre des accords de paix doit pouvoir être esquissée à la fois suffisamment tôt et de manière suffisamment inclusive.

Il est donc essentiel d’associer le plus étroitement possible toutes les parties prenantes. Et il faut bien sûr souligner ici le rôle des organisations régionales. Ces organisations, telles que l’Union africaine, l’Union européenne et l’OSCE mentionnées par M. Pascoe, ont démontré dans le passé de réelles capacités à agir, en étroite liaison avec l’ONU et en particulier le Conseil de Sécurité, pour faire émerger des solutions politiques permettant d’éviter des drames. Nous ne devons pas non plus oublier le rôle essentiel des acteurs de la société civile - ONG ou groupes de citoyens - et celui des femmes. Ma délégation se félicite à cet égard de l’intention du Secrétaire général de renforcer le recrutement de femmes pour les actions de médiation.

Par ailleurs, le renforcement des activités et des capacités des Nations unies en matière de médiation et de prévention des conflits doit être menée en cohérence avec les réflexions en cours sur la sortie de crise et la consolidation de la paix ainsi que bien sûr l’amélioration du maintien de la paix. La médiation, notamment lorsqu’elle permet de mettre en œuvre un véritable processus politique ou de coopération, est aussi un moyen de réduire le fardeau du maintien de la paix, ou de jeter les bases, dans le cas où une opération est déployée, d’une stratégie de consolidation de la paix et de construction de l’Etat.

Je vous remercie./.



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