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11 mai 2009 - Réunion ministérielle du Conseil de sécurité sur le Proche - Orient - Intervention de M. Bernard Kouchner, Ministre des Affaires étrangères et européennes

Monsieur le Secrétaire général, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les membres du Conseil de sécurité,

Je dois d’abord remercier comme il se doit Monsieur Lavrov et remercier le Secrétaire général pour ces paroles encourageantes, et vous dire que nous ne sommes pas contents des progrès qui ont été accomplis, ou vous dire que les progrès n’ont pas été suffisants malgré les efforts qui sont consentis autour de cette table par de nombreux pays.

Nos pays se sont déjà retrouvés ici même il y a quatre mois - presque jour pour jour quatre mois - afin d’adopter un appel au cessez-le-feu durable à Gaza, et depuis, la phase la plus dure du conflit s’est achevée. Notre appel, nos efforts à New York, y sont, je pense, pour quelque chose. Mais la plupart des objectifs énumérés dans la résolution 1860 à laquelle vous avez tous fait référence n’ont pas encore été atteints, et nous en sommes loin. D’abord la situation sur le terrain, à Gaza, reste extrêmement préoccupante, c’est un euphémisme. L’aide et les travailleurs humanitaires pénètrent à peine dans la bande de Gaza. Pour l’essentiel, le blocus est maintenu. La reconstruction n’est pas possible, ou très peu. Les points de passage doivent être durablement ouverts à toutes les marchandises, nous l’avons tous réclamé. Ne parlons plus de cessez-le-feu durable : les tirs de roquette, certes épisodiques, perdurent, et notre compatriote Gilad Shalit, pas plus que les prisonniers palestiniens, n’ont été libérés. Ensuite, il est impératif que les palestiniens parlent d’une seule voix. Les efforts de réconciliation inter-palestinienne sous l’autorité du Président Abbas et dans le respect des principes guidant le processus de paix, doivent aboutir. Mon pays souhaite une nouvelle fois soutenir le travail de l’Egypte sur cette question.

Enfin, Monsieur le Président, et c’est l’objet principal de notre rencontre et l’aspect que je souhaite développer aujourd’hui, il nous faut pouvoir à nouveau nous tourner vers l’avenir pour parvenir à la paix. L’année 2008 s’était ouverte sur un mouvement d’espoir, avec la reprise des négociations inter-palestiniennes sur le statut final. L’horizon prévu à Annapolis pour leur achèvement n’a finalement pas pu être tenu. Mais la résolution 1850 a très clairement rappelé l’irréversibilité de ce processus. On peut ne pas l’appeler Annapolis. Les opérations militaires à Gaza ont brutalement interrompu le fil de la négociation. Faut-il en conclure que le moment n’est pas propice à une relance du processus de paix ? Non, non et non. S’il y a un message que la France entend aujourd’hui porter au Conseil, c’est le sentiment d’urgence au contraire, qui doit nous animer.

Urgence à cause de la véritable bombe à retardement que constitue la situation dans la bande de Gaza. Urgence parce que la situation financière de l’autorité palestinienne est critique. Urgence également en raison de la lassitude croissante du peuple palestinien, comme du peuple israélien. Urgence enfin, parce que nous ne devons pas perdre de vue les élections palestiniennes prévues en janvier 2010. Pour nous, la fenêtre d’opportunité se calcule désormais en mois, et non pas en années. Il nous faut donc redoubler d’efforts pour faciliter une reprise des négociations politiques, permettant d’aboutir à une paix globale. L’existence et la sécurité d’Israël sont pour nous non négociables, mais nous sommes tout aussi fermement attachés à la réalisation des aspirations légitimes du peuple palestinien et seule, à nos yeux, la création d’un Etat palestinien souverain permet de combiner ces deux objectifs.

Pour réussir, la paix doit être portée par les dirigeants, nos amis l’ont dit, mais il faut prêter la plus grande attention à ce second élément, et il est tout aussi nécessaire que les peuples croient en la possibilité de la paix. Ils finissent par n’y plus croire. Des mesures immédiates sur le terrain sont nécessaires pour créer les conditions propices à la négociation. A cet égard, la poursuite de la colonisation israélienne décrédibilise chaque jour les efforts vers une solution en créant des faits accomplis sur le terrain et tendant à couper la Cisjordanie en deux et à isoler totalement Jérusalem-Est. Le président Sarkozy l’a dit dans son discours à la Knesset en juin 2008. Je le cite : "Il ne peut y avoir de paix sans l’arrêt total et immédiat de la colonisation". Il faut que le gouvernement israélien entende ce message, ce message amical. La poursuite de la colonisation est sur le terrain l’un des principaux obstacles à la paix et constitue à terme une menace à la sécurité d’Israël. La déclaration qui devrait être adoptée à la fin de notre réunion aurait à mon sens gagné à prendre en compte cet élément fondamental.

Par ailleurs la France appelle naturellement l’autorité palestinienne à poursuivre ses efforts pour combattre le terrorisme. L’action de Salam Fayyad, ancien Premier ministre, en la matière, mérite d’être saluée.

Le terrorisme sous toutes ses formes, les attentats sous toutes leurs formes, ainsi que le trafic d’armes, les trafics d’armes vers Gaza, sont inacceptables et doivent cesser. Il faut aussi une approche globale régionale - travailler sur les volets libanais et syrien du processus de paix entre autres. Nous souhaitons que les discussions indirectes entre Israël et la Syrie puissent reprendre, et que la question du village de Gadjar et des fermes de Chebaa puissent être réglées entre Israël et le gouvernement libanais, sous le contrôle des Nations Unies. Au-delà, c’est l’ensemble de la région qui doit s’impliquer dans la recherche de la paix. C’est pourquoi nous attachons tant de prix à l’initiative arabe de paix. Celle de 2002 - nous en sommes loin ! - celle qui prend en compte cette interdépendance. Il faut réfléchir aux mesures de confiance, aux gestes nécessaires de part et d’autre pour atteindre les objectifs fixés par cette initiative.

Monsieur le Président, préparer l’avenir et la paix, c’est aussi accepter de travailler sur le passé, sans crainte. Nous ne pouvons pas ignorer aujourd’hui les allégations de violations du droit international humanitaire recensées depuis la crise de Gaza. La France a soutenu la mise en place par le Secrétaire général des Nations Unies du panel d’enquête sur les attaques contre les bâtiments des Nations Unies à Gaza. J’ai par ailleurs indiqué que la France soutiendrait toute enquête dès lors qu’elle serait impartiale, indépendante, et qu’elle couvrirait toutes les violations du droit international humanitaire, quelles qu’en soient les victimes, civiles, Palestiniens comme Israéliens. A la lumière des conclusions du panel d’enquête qui viennent de nous être communiquées, nous devrons examiner cette question dans les prochains jours.

Monsieur le Président, mon dernier message, c’est celui de la nécessité d’un engagement renforcé de la communauté internationale. Seul un tel engagement peut offrir l’assurance que des négociations de paix reprendront et aboutiront rapidement. Seul un tel engagement offre aux parties l’assurance de ce que les termes d’un accord de paix seront effectivement respectés grâce aux contributions directes des pays tiers sous les formes d’hommes, de financements et de garanties. Et je sais que des négociations, que des rencontres seront achevées à la fin de ce mois, et nous l’attendons avec impatience, cet achèvement.

La France et l’Union européenne ont fait part à plusieurs reprises de leur disposition à appuyer, à faciliter, autant que nécessaire à prendre part aux négociations et à réfléchir aux garanties que nécessiterait un éventuel accord. Je note avec beaucoup d’espoir les intentions affichées par la nouvelle administration américaine. Je veux lui dire ici que nous serons prêts à travailler avec les Etats-Unis à une nouvelle dynamique, mais celle-ci ne peut plus attendre ; je le disais en commençant, il y a urgence. Et dans ce Conseil avec tous les arguments que j’ai cru souligner, nous apportons tout notre soutien au projet d’organiser une nouvelle conférence internationale sur le Proche Orient cette année comme le propose la Russie.

Je vous remercie Monsieur le Président./.



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