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19 mars 2009 - Débat du Conseil de sécurité sur l’Afghanistan - Intervention de M. Jean-Maurice Ripert, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Je voudrais, pour commencer, présenter mes condoléances aux familles des victimes de l’attentat qui a coûté la vie, aujourd’hui, au député afghan Dad Mohammad Khan, ainsi qu’à 4 autres personnes. La France condamne avec la plus grande fermeté cet odieux assassinat.

Le Représentant Permanent de la République tchèque prononcera tout à l’heure une intervention au titre de l’Union européenne, à laquelle la France s’associe pleinement. Permettez-moi d’apporter quelques observations complémentaires.

Tout d’abord, je souhaite remercier M. Kai Eide pour son rapport et pour les efforts inlassables qu’il a déployés depuis sa nomination, pour assurer une meilleure cohérence de l’action internationale en Afghanistan, sous l’égide des Nations Unies.

Ces efforts commencent à payer. La communauté internationale avait réaffirmé avec force son soutien aux autorités et au peuple afghan en juin 2008 à Paris. Les Conférences de Moscou et de la Haye seront l’occasion de réitérer cet engagement commun dans la durée et de faire le point sur l’état de mise en œuvre des engagements pris à Paris et sur les priorités des prochains mois. Cette conférence s’inscrit dans une dynamique générale de mobilisation accrue de la communauté internationale.

Cette dynamique, Monsieur le Représentant Spécial, vous avez fait beaucoup pour l’entretenir, en contribuant activement à la mise en oeuvre de l’approche globale permettant d’allier l’action politique, la sécurité, la reconstruction et le développement.

Je pense en particulier à la question essentielle de l’efficacité et de la coordination de l’aide, sur laquelle les progrès réalisés depuis la Conférence de Paris restent insuffisants. La question la plus urgente en ce domaine tient à la transparence de l’aide. Pour que l’ONU soit en mesure d’assurer sa mission de coordination, il est indispensable qu’elle puisse, de même que les autorités afghanes, s’appuyer sur une " cartographie " fiable de l’action de tous les donateurs.

L’ONU doit également continuer à incarner, à travers le Représentant Spécial, la voix de la communauté internationale auprès des autorités et du peuple afghans. M. Eide a su jouer ce rôle, avec impartialité, et aborder des questions difficiles comme la bonne gouvernance et la corruption, les droits de l’Homme ou encore les victimes civiles, tant avec les responsables politiques démocratiques et la société civile afghane qu’avec les acteurs internationaux. Je tiens une nouvelle fois à l’assurer de notre pleine confiance, alors que s’ouvre, à l’approche des élections, une période particulièrement critique pour l’avenir démocratique du pays.

Monsieur le Président,

Les prochaines élections, présidentielles puis législatives, constituent de fait une étape majeure dans le processus d’appropriation de la démocratie par les Afghans. Il revient à l’ensemble des responsables politiques afghans d’œuvrer à la tenue d’élections libres et équitables dans l’ensemble du pays et de préserver la stabilité et la sécurité pendant toute la durée du processus électoral. L’ONU a un rôle important à jouer, à la fois sur le plan technique et sur le plan politique, pour les y aider

Les élections ne doivent cependant pas nous distraire des autres problèmes urgents auxquels fait face l’Afghanistan, et le Représentant Spécial du Secrétaire Général en a dressé la liste. Des progrès significatifs ont été accomplis dans divers domaines au cours de l’année passée, qu’il faut maintenant consolider.

En matière de sécurité, l’Armée Nationale Afghane (ANA) s’est considérablement renforcée et est, de plus en plus, en mesure de prendre le relais des forces internationales. Mais la police reste le principal point faible du dispositif sécuritaire. Depuis sa nomination comme Ministre de l’Intérieur, M. Atmar a engagé un processus de réforme en profondeur de la police, que la communauté internationale doit soutenir par des initiatives à la hauteur des enjeux. La France est déterminée à s’engager activement, avec ses partenaires européens, dans cet effort.

Des développements encourageants sont aussi intervenus en matière de lutte contre le trafic de drogue. Ils restent à confirmer, notamment dans la lutte contre le détournement des précurseurs chimiques de l’héroïne qui fait l’objet de la résolution 1817 du Conseil de Sécurité.

Monsieur le Président,

L’évolution de la situation en matière de droits de l’Homme constitue un grave sujet d’inquiétude, en particulier la multiplication des attaques contre les médias et la société civile. Les progrès importants enregistrés depuis 2001 demeurent fragiles. Les autorités doivent, avec le soutien de la communauté internationale, agir avec davantage de fermeté pour garantir aux journalistes et aux représentants de la société civile des conditions leur permettant d’exercer leur activité librement et en sécurité.

Je souhaite aussi réitérer nos préoccupations sur la question des victimes civiles, qui sont principalement le fait d’attaques délibérées des Taliban et d’autres groupes extrémistes, qui démontrent ainsi leur mépris absolu pour la vie humaine. La France est dans le même temps consciente de la nécessité de poursuivre, avec ses alliés et ses partenaires, les importants efforts accomplis par les forces gouvernementales et internationales pour éviter les victimes civiles.

Monsieur le Président,

Le Président de la République Française, M. Nicolas Sarkozy, a exprimé à de nombreuses reprises le caractère prioritaire que revêtait pour la France la stabilisation de l’Afghanistan et, au delà, de la région toute entière. La France a opéré depuis deux ans un renforcement majeur de son engagement militaire en Afghanistan. Soucieuse que soit menée une approche globale, elle a également renforcé significativement depuis 2008 son engagement civil et politique. Mais au-delà, la profondeur de la crise afghane, l’évolution de l’engagement international et l’interpénétration croissante des problématiques affectant l’Afghanistan et ses voisins ont conduit la France à intégrer davantage la dimension régionale du conflit afghan dans son approche.

C’est dans ce contexte que le Président de la République a nommé, le 26 février dernier, le député Pierre Lellouche, comme son Représentant spécial pour l’Afghanistan et le Pakistan.

Cette décision répond à la conviction de la France que la crise afghane ne peut être abordée indépendamment de la situation dans la région, et en premier lieu au Pakistan. Nos priorités sont de favoriser l’émergence d’un Afghanistan stable, prospère et démocratique, de contribuer à la stabilisation du Pakistan démocratique et de réduire la menace terroriste dont cette région est devenue l’épicentre.

C’est aussi afin de donner une impulsion politique à ce thème du renforcement de la coopération régionale que le Ministre des Affaires étrangères, M. Bernard Kouchner, a invité en France à la Celle Saint Cloud en décembre 2008 l’Afghanistan, ses voisins et les partenaires clés de la communauté internationale, à une réunion ministérielle, tenue sous la co-présidence des Nations Unies.

Nous nous réjouissons de la volonté affichée lors de cette réunion par l’Afghanistan et ses voisins d’avancer concrètement pour renforcer leur coopération contre le terrorisme et le trafic de drogue ainsi que pour le développement de la coopération économique régionale. A ce sujet, nous nous félicitons de l’évolution positive des relations entre l’Afghanistan et le Pakistan, qui, nous l’espérons, contribuera à l’obtention de résultats concrets lors de la prochaine conférence d’Islamabad pour la coopération économique régionale.

Monsieur le Président,

La MANUA devra faire face à de nombreux défis dans l’année à venir. Elle aura besoin de notre plein soutien. Je me réjouis à cet égard de la proposition de tenir des réunions du Conseil de sécurité sur une base trimestrielle. Cela permettra au Conseil d’assurer un suivi plus actif de la mise en œuvre du mandat confié à la MANUA et ainsi d’apporter un soutien plus effectif à l’action du Représentant spécial.

Je vous remercie./.



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