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20 mars 2009 - Débat du Conseil de sécurité sur la situation en Somalie - Intervention de M. Jean-Maurice Ripert, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Monsieur le Ministre,

Chers collègues,

Je tiens à remercier aussi les orateurs qui se sont exprimés, en particulier le Représentant spécial du Secrétaire général, M. Ahmedou Ould-Abdallah, ainsi que le Ministre des Affaires étrangères de Somalie et le Commissaire Lamamra de l’Union africaine. La Présidence tchèque de l’Union européenne s’exprimera tout à l’heure et je soutiens bien entendu son intervention.


Monsieur le Président, le rapport du Secrétaire général et les présentations que nous venons d’écouter confirment qu’une dynamique positive a débuté en Somalie. L’élargissement du Parlement, l’élection d’un président de la république, la constitution d’un gouvernement d’union et le dialogue inclusif ouvert par le nouveau président somalien avec toutes les parties pour les inciter à rejoindre le processus de Djibouti sont autant de signaux politiques positifs.

Par ailleurs, le rapport du Secrétaire général signale de premiers retours à Mogadiscio de personne déplacées, ce qui est en soi un signe de confiance. Au-delà, la France relève que le retrait des troupes éthiopiennes n’a pas entraîné de " vide sécuritaire " et n’a au total pas bénéficié aux groupes les plus radicaux, et a au contraire permis de les marginaliser en leur retirant leur principal argument pour continuer les violences.

Les Somaliens doivent être félicités pour ces progrès sur la voie de la paix et de la réconciliation, de même que le Représentant spécial du Secrétaire général pour ses efforts sans relâche auprès des parties, ainsi que l’ensemble de son équipe bien sûre.

Chaque jour qui passe nous rappelle cependant l’extrême fragilité de la situation. La situation humanitaire reste très mauvaise, avec plus de 3 millions de personnes qui dépendent de l’aide internationale, et des centaines de milliers qui s’entassent toujours sur la route d’Afgoye. Les conditions sont d’autant plus dures que les travailleurs humanitaires sont pris pour cible en violation permanente du droit humanitaire international. En 2008, 34 ont été tués, 26 enlevés. Depuis le début de l’année, trois collaborateurs du Programme Alimentaire Mondial ont été tués et 4 brièvement enlevés. A Mogadiscio même, les attaques continuent contre l’AMISOM : le Conseil a condamné l’attentat meurtrier du 22 février contre des soldats de l’AMISOM, un nouveau soldat a été tué il y a deux jours et trois autres blessés.


Face à cette situation, Monsieur le Président, la communauté internationale a évidemment un rôle essentiel à jouer. Nous devons d’abord apporter un plein soutien politique aux autorités somaliennes en les encouragent à poursuivre leurs efforts de réconciliation et de dialogue en direction de toutes les parties. Nous devons ensuite leur apporter un soutien dans la mise en place d’une force de sécurité conjointe robuste, équipée et formée, et d’une police professionnelle. C’est en commençant à ramener la sécurité, en contrôlant directement les zones essentielles de la ville de Mogadiscio, que le gouvernement pourra assoir son autorité en Somalie et apporter un changement concret dans la vie des populations.

Nous devons aussi, en parallèle, renforcer les forces de l’AMISOM qui accomplissent leur mission avec un grand courage. Je voudrais ici, au nom de la France, rendre hommage au Burundi et à l’Ouganda pour leur action comme à l’Union africaine pour ses efforts en vue de permettre à l’AMISOM d’atteindre son plein déploiement.

Cela exige des moyens financiers additionnels. De nombreux donateurs fournissent déjà une aide importante à la Somalie et à l’AMISOM. L’Union européenne, en particulier, est le premier partenaire financier de l’Union africaine, notamment à travers la Facilité de paix pour l’Afrique. La France a participé de son côté à la formation de quatre contingents de l’AMISOM et les officiers français sont en ce moment même en Ouganda pour aider à la préparation du contingent ougandais.

Le Conseil de sécurité, par la résolution 1863, a pris les décisions nécessaires pour que les Nations Unies puissent fournir un paquet de soutien logistique à l’AMISOM et mettre en place un fonds d’affectation spéciale permettant de trouver des ressources additionnelles pour soutenir l’AMISOM et renforcer les forces de sécurité somaliennes. Le Secrétaire général a pris des mesures d’urgence en débloquant 50 millions de dollars, les premiers bateaux commencent à arriver à Mogadiscio, l’Assemblée générale va débattre d’ici à la fin du mois d’une première tranche de financement. Nous espérons que la conférence des donateurs pourra être prochainement organisée.

Monsieur le Président, la mise en œuvre de la résolution 1863 est une tâche difficile. Il faut en effet allier vitesse d’exécution et pragmatisme, et concentrer dans un premier temps le paquet logistique sur des mesures concrètes, rapides à mettre en œuvre, pour permettre à l’AMISOM de faire une différence immédiate.


Monsieur le Président, je voudrais souligner que les devoirs de la communauté internationale ne se cantonnent pas aux questions de sécurité. Au-delà du dispositif de sanctions individuelles dont s’est doté le Conseil de sécurité, la lutte contre l’impunité est un aspect essentiel et que nous ne devons pas négliger, tant la culture de l’impunité qui règne en Somalie est un obstacle majeur sur le chemin de la paix. La France soutient pleinement l’approche à cet égard du Représentant spécial du Secrétaire général.


Monsieur le Président, ce qui précède rend les actions de lutte contre la piraterie encore plus nécessaires. Depuis les premières opérations de protection des bâtiments du PAM, lancées par la France en novembre 2007, la lutte contre la piraterie a pris une très grande ampleur. L’Union européenne, en coopération avec un grand nombre de partenaires internationaux, joue un rôle majeur, à travers l’opération Atalante, pour sécuriser l’approvisionnement dont dépendent des millions de Somaliens. L’Opération Atalante a ainsi permis l’acheminement sécurisé de près de cent mille tonnes d’aide alimentaire. Le Secrétaire général / Haut représentant pour la PESC a fait part de son intérêt de principe pour protéger des convois des Nations Unies.

C’est à terre, en Somalie, que les causes profondes de la piraterie devront être réglées, mais la lutte contre la piraterie est une mesure d’urgence et nous nous réjouissons que tant de nations et d’organisations y participent désormais : les livraisons alimentaires du PAM ont quadruplé entre 2007 et 2008.


Monsieur le Président, en conclusion je voudrais à nouveau faire part au Représentant spécial du Secrétaire général de notre plein soutien, et au Ministre des Affaires étrangères de Somalie je voudrais redire qu’il pourra compter pleinement sur la France pour aider son gouvernement à répondre, pour reprendre sa belle formule, au besoin de paix et à la volonté de liberté qui anime son peuple.

Je vous remercie./.



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